06 novembre 2009
Rituel d'Occlumancie - partie 6
Logan la regardait faire, parfois, sans tenter quoi que ce soit. Elle devait comprendre seule et il était inutile de l'attaquer et de la blesser alors qu'il savait qu'elle avait tort. Quand elle fatiguait et qu'elle trouvait une nouvelle idée improbable, comme quand elle lui avait parlé d'un parking souterrain, il se contentait d'un non. Elle allait s'épuiser à chercher de cette manière, et elle finirait par arrêter d'elle même. C'est ce qu'il attendait, et ce qui se produisit. Elle en eu marre. Marre de ne pas trouver, marre de ne plus avoir d'idée, marre de tout. Elle ne voulait plus se casser la tête là dessus, parce que ça n'avançait pas. Elle y avait passé deux mois, deux longs mois, mais il n'y avait rien. Rien du tout. Alors elle avait expliqué à son mentor qu'elle allait faire une pause. Il l'avait laissée faire. Niallàn s'était éloignée de l'appartement moldu et penchée de nouveau sur ses études avec plus d'intérêt. Malgré les difficultés qui ne s'estompaient pas, malgré Cad toujours absent, toujours traqué, elle s'y habituait. Elle avait passé tant de temps avec Logan, à travailler, qu'elle en oubliait presque le reste. Et c'était idiot, c'était pour le reste qu'elle faisait tout ça. Il lui fallut trois jours pour revenir vers son mentor. Trois jours et une nouvelle lettre pour ses parents. La deuxième depuis le début. Elle avait voulu reprendre sa vie, mais ça ne fonctionnait pas. Elle commençait à se perdre, et elle refusait de le faire avant d'avoir réussi. Parce qu'elle ne voulait pas faire tout ça pour rien. Parce que ça lui occupait l'esprit et que c'était utile. Trois jours pour réaliser ce qu'elle oubliait peu à peu. Elle voulait être utile, pas comme une adolescente qui ne trouve plus sa place, mais comme une adulte, un membre d'une organisation résistante. Elle luttait. Pour les autres. Pour sa soeur. Elle ne savait plus trop, à vrai dire. Deux mois, et la situation n'avait presque pas changé. Pourtant elle n'arrivait plus à être aussi malheureuse qu'au début. Elle n'arrivait plus à se battre comme au début. Pas qu'elle se décourage, mais elle était habituée à cette atmosphère étrange qui régnait depuis janvier. Elle était redevenue celle du premier semestre, à ceci près qu'aujourd'hui, il y avait les fuyards et plus de blessés. Elle ne savait plus. Plus rien. Elle était perdue. Mais elle reprit doucement, persuadée qu'elle ne devait simplement pas arrêter. Elle se concentrait sur ses pensées, laissant de côté la forteresse. A défaut d'avancer, il n'était pas question de perdre du terrain. Et elle essaya de comprendre ce qui se passait. Elle avait l'impression d'avoir tout perdu. Elle passait de nouveau plus de temps avec Prudence, étudiait. Elle passait du temps avec Deryn. Tout était moins dur. Et c'en était horrible. Elle ne comprenait pas. Elle avait peur d'être de nouveau figée alors que les autres avançaient. Et ça la paralysait. Elle savait que rien n'était normal, mais elle ne parvenait plus à y trouver quoi que ce soit de gênant. En deux mois, elle avait l'impression d'avoir totalement tourné la page, et c'était inconcevable. De nouveau, elle arrêta. Elle travailla avec sérieux, et continua, sans s'intéresser à ce qu'elle faisait. Elle était perdue. Logan aurait bien pu entrer dans sa tête à nouveau, elle n'aurait pas réagi. Elle avait pleuré tout ce qu'elle avait pu, juste après la bataille, parce que son esprit était trop plein, et maintenant il était vide. Elle avait perdu. Comme pour tout, il lui fallut un peu de temps pour reprendre ses esprits. Elle avait cessé de voir Logan, cessé de travailler sur les mystères de son esprit. Elle ne voulait plus rien faire. Plus rien voir. Tout était parti, et elle ne voyait pas pourquoi elle continuerait à se torturer sans aucune raison. Quand Prudence lui avait demandé ce qui n'allait pas, elle l'avait renvoyé bouler. Quand Deryn avait pris le relai, elle avait simplement éviter d'y répondre réellement, se contentant de la rassurer d'un sourire. Il n'y avait rien. Des jours entiers qu'il n'y avait rien. Et si sa soeur n'était pas dupe, si le sourire ne suffisait pas, elle avait au moins cessé d'afficher son inquiétude. Niallàn se trouvait minable, et il était hors de question que sa soeur sache ça. Hors de question qu'elle réalise à quel point sa petite soeur était inhumaine. Elle la détesterait, la mépriserait. Et Niallàn avait envie de vomir. Une nausée constante qui ne la lâchait plus, et avec laquelle elle composait. Elle n'avait pas le choix. Elle était seule et n'était plus rien, n'avait plus rien. Elle avait lu dans le bouquin d'Enaides que c'était une possibilité. Un risque. L'occlumens en devenir pouvait se perdre dans les méandres de son esprit, s'égarer à en devenir fou. C'était son cas, à peu de chose près. Elle perdait la raison. Elle était comme Alice, elle tombait, tombait... Elle dégringolait dans un lieu étrange connu d'elle seule. Elle soupira. Pour commencer à s'imaginer ce genre de choses, c'était certain, elle n'avait plus toute sa tête. Et elle devait faire quoi ? Comment ? Par quel bout devait-elle prendre ce fichu problème ? Et pourquoi, mais pourquoi avait-elle soudain envie de recommencer, avec la conviction que cette fois-ci, elle pouvait le faire ? Pourquoi parvenait-elle à penser à ses forteresses ? Elle était de nouveau épuisée. Comme au début. Tout allait trop vite. Elle allait mieux, puis elle déprimait, puis elle se sentait triompher... Et tout ça en seulement deux semaines. Le huit mars exactement, elle parvenait à cette conclusion. Elle devait recommencer. Mais pour quoi faire ? Elle était anormale. Voilà. Assise au fond du bus qui la menait chez Logan, alors qu'elle n'avait cessé de se dire qu'elle devait prendre plus de temps, elle s'autorisa un sourire. Elle résolvait les choses d'une telle façon qu'elle en était parfois effrayante. Prudence le lui avait souvent dit et même Aedd, son cousin qui s'intéressait à elle quand il n'avait rien de mieux à faire. Elle devait faire ça, toujours. Dès que c'était trop important. Et c'était aujourd'hui une des choses les plus dures qu'elle avait eu à vivre. Finalement, elle en ressentait encore bien les conséquences, de cette attaque. Quand Logan lui ouvrit, elle l'enlaça sans se poser de question, heureuse de le revoir et de retrouver tout ce qu'il représentait. Il la laissa faire, comme toujours. Il ne fit aucun commentaire, ne lui dit même pas qu'il savait qu'elle reviendrait. Il l'écouta, la conseilla et la rassura. Il lui expliqua qu'elle devait allait moins vite, sinon elle ne s'en sortirait jamais, et il espaça les cours, au grand désespoir de l'étudiante. Une façon de la forcer à ne pas rompre le contact avec le monde extérieur, de l'obliger à faire autre chose que de l'occlumancie. Elle pouvait passer à l'appartement, mais pour travailler ses cours uniquement. Sinon il espacerait encore les rendez vous consacrés à l'art de l'esprit. Niallàn accepta, elle n'avait pas le choix. Elle cessa de prendre pour forteresse tout et n'importe quoi. Parce que c'était trop pénible, trop éprouvant. Parce qu'elle avait retenu la leçon, et qu'elle avait bien l'intention de s'en sortir indemne. Logan avait passé suffisamment de temps à lui expliquer qu'elle n'était pas folle pour qu'elle fasse attention. Alors elle était devenue plus sélective, avait abordé le problème différemment. Elle avait délaissé tout ce qui ressemblait de près ou de loin à des murs. Chercher des parois pour délimiter son esprit n'avait aucun intérêt. Elle devait se concentrer sur le sens des choses, pas leur image. Alors elle avait pensé à des ruines. C'était ce qui s'apparentait le plus à l'organisation de son esprit depuis qu'elle avait commencé son apprentissage. D'après elle, les ruines lui permettraient de dissimuler idées et souvenirs dans un amas de pierres et de végétation. L'idée lui avait parue excellente, et même Logan avait semblé croire à cette idée, sans chercher à masquer son étonnement. Elle s'était réellement ressaisie, elle était plus calme, elle semblait savoir où elle voulait. Et l'intrusion du légilimens dans son esprit, lui montrant qu'elle s'était encore trompée, l'avait moins amochée. C'était toujours pénible, mais compréhensible. Elle pouvait raisonner la douleur, l'analyser. L'intrusion lui semblait moins barbare et son échec ne la découragea pas. Il suffisait de recommencer, encore, toujours. Le temps passait, et Niallàn continuait ses recherches, déterminée. Tendre son esprit dans un sens bien défini, le laisser atteindre son objectif, sa prison. Laisser ses pensées se détacher de sa mémoire pour les protéger, ne plus les attirer dans leur chute. Et trouver le refuge idéale. Ce qui ne serait qu'a elle, ce qui serait elle. Quelque chose d'ultime, de monumental. De l'eau. L'idée l'étonna, lui faisant perdre toute concentration. Comme si l'eau pouvait faire quelque chose pour elle. L'eau détruisait, ravageait. L'eau vous rendait malade. Raz-de-marées, déluges. L'eau était néfaste, point. Et qu'on ne vienne pas lui dire que l'eau était nécessaire, qu'elle était la vie. L'eau était... de l'eau, elle n'avait pas à expliquer le dégoût que lui inspirait la pluie depuis toute petite. Ses efforts pour cacher ses frayeurs se faisaient de plus en plus vains, ses réactions étant toujours plus forte. L'eau, c'était l'ennemi numéro un. Et pourtant, c'était la meilleure idée qu'elle avait eue jusque là. Plus fort que les ruines. L'eau vous noyait, vous écrasait. Vous faisait disparaître. L'eau avait toujours été un élément offensif par sa violence et ses méfaits. Mais la violence pouvait aussi être une bonne chose, il n'y avait qu'à voir avec la légilimencie de Deryn, ou même de Logan, qui blessait son élève pour lui permettre de se construire convenablement. Si l'eau brisait des barrages, s'infiltrant sans mal dans la moindre fissure, elle pouvait être un rempart naturel. N'avait-on pas utilisé certaines îles pour y abandonner des prisonniers ? Et puis à une plus petite échelle, il fallait la voir elle face à l'eau. Comme quand Josh l'avait secourue, la découvrant plaquée contre un mur de peur d'être mouillée... L'eau était dense, elle vous dissimulait n'importe quoi sans peine. Elle pouvait prendre plusieurs formes : neige, brouillard, glace, pluie. Laisser l'eau pénétrer son esprit, c'était le meilleur moyen de se protéger. Et si l'idée d'avoir pour forteresse l'élément qui la terrorisait ne lui plaisait pas vraiment, elle admettait que son idée n'était pas mauvaise. Et puis c'était de l'eau métaphorique, celle-ci ne la mouillerait pas... Alors elle allait y arriver. Elle avait fait les choses bien, assuré à Logan qu'elle n'aurait pas besoin de lui (le lui avait promis, même), si bien qu'il avait consenti à la laisser seule à l'appartement. Et elle avait testé sa forteresse. Elle avait d'abord commencé par vider totalement son esprit. Elle parvenait à maîtriser ses émotions sans trop de peine maintenant, et ses tentatives avec les ruines lui avaient permis de comprendre comment elle devait se protéger. Elle avait tendu son esprit vers l'abri, avait laissé l'eau l'imprégner. Elle avait imaginé une première vague d'eau de mer frôler son esprit et se retirer lorsqu'elle perdit toute concentration, la laissant nauséeuse et tremblante.
05 novembre 2009
Rituel d'Occlumancie - partie 5
Niallàn ne savait pas comment elle devait s'y prendre. Cette épreuve là n'avait rien à voir avec la première. Ses émotions, elle les connaissait. Elle savait comment elle fonctionnait. Des listes, des casiers. De l'ordre et de la discipline. De la logique et de la réflexion. Elle avait toujours été comme ça. Toute petite déjà. Ça n'avait rien de compliqué de se comprendre. Ce qui avait été dur en revanche, c'était de cesser de penser, et d'oublier tout ce qui avait toujours eu sa place en elle. Des souvenirs de ses premiers pas aux derniers. Deryn et son refuge. Le QG. La lettre à ses parents. Cadfael. Le visage de Cadfael, ses traits, ses refuges. Elle savait qu'il était parti. Lorsqu'elle l'avait abandonné, peu après que Deryn ait cessé de se cacher, elle savait qu'il partirait. C'était l'idée. Pour échapper aux interrogatoires qui suivraient (et qui avaient bel et bien suivi), elle ne devait plus avoir de lien avec lui. Il n'avait plus de polynectar, aussi il ne pouvait pas ressembler aux dernière images du Cadfael qu'elle avait vu. Mais si les mangemorts fouillaient les derniers endroit où il avait vécu, s'ils découvraient des choses... Il était traqué, elle l'avait aidé à fuir. Et elle ? Si on s'introduisait dans son esprit, elle aurait des ennuis aussi. Et puis il y avait Logan, les entrainements, ses alliés... Trop de choses qu'elle devait garder pour elle. Oublier tout ça, l'espace d'une seconde ou deux, ça n'était pas dur. Elle ne protégeait pas son esprit, mais elle n'y pensait plus, aussi elle n'avait rien de suspicieux pour un non legilimens. Elle mentait plus aisément. Maintenant, il fallait avancer, encore. Ne jamais se relâcher, ne faire aucune pause. Elle devait progresser, toujours un peu plus. Logan le lui avait montré. Il lui avait expliqué ça de la meilleure des façons, il était entré en elle. Il lui avait montré que ce qu'elle n'avait, bien qu'un bon début, ne suffisait pas. Qu'elle ne devait pas laisser ses pensées s'envoler, mais au contraire les emprisonner. La façon dont elle s'y prenait, bien qu'efficace, était mauvaise. Cependant, elle lui servirait à évoluer. Elle trouverait sa forteresse et alors elle pourrait finir son apprentissage. Elle pouvait parfaitement continuer comme ça. Mais ça n'était pas grand chose face à lui. Face à un légilimens. Et aujourd'hui, il le savait, elle avait peur d'y être confrontée. Elle avait trop de choses à protéger. Trop de choses qu'il lui avait déjà volé, lui. Mais Logan était un ami. Il était un refuge, un rempart. Il était ce qui vous empêchait de vous perdre à travailler comme un forcené sur ce qui était au plus profond de votre esprit. Parce que l'on risquait gros, Niallàn le savait. Mais son mentor était toujours là, pour la soutenir et lui permettre d'aller encore plus loin. Même si ses manières n'étaient pas toujours douces, il était un excellent professeur. Le souvenir de son intrusion avait été, quelque temps, une motivation qui semblait sans limites. Elle pouvait tout faire, pour éviter que ce genre de choses se reproduisent. Les sensations qu'il lui avait imposé, les choses, les sentiments et les souvenirs qu'il lui avait volé, les pensées qu'il avait violé. Si elle ne savait pas qu'il y était allé en douceur, si tant est que la douceur soit possible en légilimancie, elle aurait dit qu'il était entré, avait tout ravagé, pillé, brûlé et était reparti en laissant derrière lui un amoncellement de ruines. Comme n'importe quel soudard tue les hommes, viole les femmes et les brule, pour finir. C'était barbare. Pauvre Deryn, qui avait du passer par là. Pauvre Deryn qui, même en prenant d'innombrables précautions, devait infliger cela à ceux qu'elle voulait aider. Niallàn se souvenait de l'expression de Logan, avant et après. Elle se souvenait de sa propre précipitation, quand elle avait tenté de faire fuir tout ce qui pouvait se trouver dans son esprit. Elle aurait presque imploré ses pensées de s'envoler le plus loin possible, comme si elle pouvait les pousser. Les sauver avant tout. Et elle avait compris le problème. Elle ne devait pas les laisser sans protection, pas les laisser seule. Cette découverte avait engendré des remords, de la culpabilité. Elle ne cessait d'abandonner les gens. Cadfael, qu'elle n'avait pas prévenu de ses absences. Dilwen, à qui elle imposait sans rien dire. Deryn, qu'elle avait laissée seule, dans son cabanon gallois. Et ses parents, à qui elle avait ordonné de repartir. De quitter Rennes, d'éviter la magie. Il y avait l'Ordre, à qui elle en voulait et qu'elle ne voulait que laisser de côté. Il y avait trop de choses. Elle avait voulu être forte, et elle fuyait. Logan voyait tout ça. Toutes les images que ses réflexions tiraient à la surface, lui exposant comme on pousse un homme sur l'échafaud. C'était écœurant. Il avait vu d'autres choses aussi. Ce qui comptait le plus en fait. Ce qu'elle avait voulu protéger. Il l'avait dépouillée à lui en coller la nausée. Il l'avait vu se noyer dans les marécages, quand elle jouait avec Mervin. L'avait vu trempée, grelotante, terrorisée. Il l'avait vue hurler sous des pluies diluviennes, éclater en sanglots pour une boule de neige. Dans les bras de Deryn. Dans les bras de Josh, sous son parapluie. Implorante et autoritaire. Il l'avait vue faible. Immonde. Et elle avait peiné à s'en remettre. Il avait cessé son attaque en sentant qu'elle ne le ferait pas, impuissante et désespérée. Il l'avait abandonnée sur les rives du marais, dans les bras de Mervin. Elle avait étouffé, suffoqué à s'en irriter la gorge. Les premières secondes, elle avait juste avalé l'air sans s'arrêter. Elle avait respiré si fort qu'elle avait été prise de hoquets. Les yeux écarquillés, terrorisée, fixant un Logan immobile. Il ne devait pas bouger, surtout pas. Il devait rester en face d'elle, devant ses yeux. S'il disparaissait, elle en deviendrait folle. Elle était déjà folle. Et elle crevait de douleur. Il tendit la main et son élève fondit en larmes. De l'eau, encore. Des rivières qui coulaient sur ses joues, brûlantes et salées. Elle l'avait laissé la prendre dans ses bras, ne lui permettant aucune résistance. Pour ce qu'elle en était capable de toute façon... Il lui avait caressé les cheveux et l'avait laissé pleurer tout son soûl, jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Quand elle s'était réveillée le lendemain, elle était seule et dans la chambre de l'appartement d'études. Elle était gelée malgré les couvertures. Mais elle allait mieux. Elle s'était redressée et s'était assise en tailleur, arrachant la couverture au lit pour s'enrouler dedans. Elle avait fermé les yeux et s'était affaissée, encore épuisée. Elle avait essayé de revoir ce qui s'était passé tout en restant détachée, mais n'avait pas vu. Logan était arrivé une heure plus tard. Elle était toujours sur le lit, mais bien droite, les yeux fermés. Quand il était entré dans la chambre, elle lui avait sourit. « Je vais faire une liste. C'est idiot, mais ça me donnera des idées. » Il s'était contenté de hocher la tête et de l'inviter à prendre son petit déjeuner. Il l'avait regardée manger, sans un mot. Puis il l'avait laissé partir, et elle avait vraiment commencé à songer à sa forteresse. Son refuge. Elle avait griffonné sans relâche, oubliant même les cours, par moment. L'affaire de quelques jours. Les derniers jours de février s'annonçaient, et l'étudiante profitait du froid et de l'humidité pour chercher sa forteresse, bien à l'abri dans la chambre qu'elle partageait avec Deryn. Elle délaissait les soins magiques, qu'elle avait pris pour être avec Deryn. Mais l'absence du professeur Vawdrey rendait le cours étrange, et elle avait décidé d'occuper son temps a quelque chose de plus important. Elle n'avait jamais été proche de l'enseignant de Soins Magiques, et sa réputation le précédent, avait même préféré se tenir à une distance raisonnable de l'homme. Mais le nouvel an avait changé beaucoup de choses. Elle l'avait vu différemment, et avait même choisi de l'accompagner à l'UMA, quand il avait voulu y récupérer ses affaires. Elle avait aussi eu à y faire, et le laisser seul n'aurait pas été prudent. Elle ne servait à rien à tourner en rond comme un lion en cage, de toute façon. Quoiqu'il en soit, elle ne se voyait pas assister à ces cours maintenant que Deryn pouvait le faire, et si elle mettait un point d'honneur à accompagner sa soeur à l'entrée de la salle et à revenir la chercher ensuite, elle passait ces heures gagnées à travailler sur sa forteresse. Elle avait commencé comme toujours, avec discipline. Elle avait lu plusieurs chapitres concernant cette étape dans différents livres, jugeant que celui de Bastien Enaides, qu'elle avait de nouveau pris l'habitude de laisser au QG, ne suffisait pas. Elle devait avoir plusieurs explications, et faire ça avec sérieux. Elle avait donc commencé à lister tout ce qui pourrait lui servir de protection. Tout ce qui lui venait à l'esprit, tout ce qui lui évoquait le confort et l'absence de danger, ce qui était familier ou simplement ce qui était plausible. Ainsi, elle eut un parchemin entier recouvert d'idées. Un mur. Un donjon. Une forêt. La terre. Chaque fois que ses tentatives échouaient, qu'elle se perdait en tentant d'élever ses barrières, elle rayait un mot. Elle avait pris l'habitude de le faire soit à l'UMA, puisqu'elle y passait beaucoup de temps, soit dans l'appartement de Logan. Pour la sécurité et le confort. Et parce que voir son mentor était devenu une habitude dont elle n'avait pas vraiment envie de se passer.
04 novembre 2009
Rituel d'Occlumancie - partie 4
L'étudiante observa l'homme qui se tenait en face d'elle, adossé au mur pendant qu'il lisait le parchemin de Deryn, sans un mot. Sa concentration se notait dans ses traits, ses sourcils froncés. Ses yeux parcoururent les lignes, et sans que Niallàn ne sache ce qu'il avait déjà lu et s'il était arrivé à la fin, elle le vit recommencer, après l'avoir dévisagée une seconde. Il sembla faire le parallèle entre elle et le parchemin, et relut les mots comme s'il s'agissait d'une confession., ce qui était plus qu'improbable venant de Deryn Finalement, il plia le parchemin et le posa sur la table, se décidant à s'asseoir. La galloise garda le silence, impressionnée et un peu mal à l'aise, attendant qu'il décide de son sort. Il parla de Deryn. Juste quelques mots d'une prise de nouvelles polies, la laissant choisir sa réponse sans la commenter. Il était intéressant, pas étonnant que Deryn l'apprécie, ni qu'elle le lui ait conseillé. Pas étonnant qu'en cette période, il soit une des rares personnes en laquelle la jeune femme recluse ait confiance. Il dévisagea sa nouvelle élève un moment et hocha la tête, souriant. « Pourquoi as-tu besoin de moi ? Deryn est restée vague dans sa lettre, je suppose qu'elle préfère que tu m'explique ça toi-même. » Là, elle était en plein dedans. Elle devait être franche et contre toute attente, ce fut assez aisé. Il était reposant, comme Deryn. Non, d'une toute autre façon en réalité. Alors que Deryn apaisait sa soeur, Logan occupait simplement trop de place dans l'esprit de Niallàn pour qu'elle parvienne à s'éparpiller. Il était là et il n'y avait que lui. Il était ordonné, comme elle d'ordinaire. Et les choses devenaient un peu plus faciles. Ce cours-là ne dura qu'une heure ou deux, et ils n'avaient presque rien fait. Il lui avait parlé du livre qu'elle avait trouvé dans sa chambre, l'ouvrage de Bastian Enaides, le présentant comme la base de son apprentissage. Il lui avait parlé de ce qui l'attendait, lui expliquant comment s'y prendre. Ce qu'elle pourrait faire avec Deryn, si elle le voulait, et ce qu'elle devrait faire seule. Il lui avait mieux dépeint la métaphore de la forteresse, bref, il l'avait préparée à son apprentissage de façon à ce qu'elle ne perde pas trop de temps à se heurter à un mur qui n'avait rien à faire là. Si Logan semblait penser que beaucoup de choses ne se feraient pas en sa compagnie, parce que son élève devait réfléchir seule, il jugeait inutile ne ne pas l'orienter suffisamment pour ne pas ralentir les choses. Si la galloise avait besoin de maîtriser cet art, si elle se montrait sérieuse, alors il était inutile de l'entraver volontairement. Il avait préparé son esprit à se plier à sa volonté, tout simplement. Du moment où elle quitta l'appartement Londonien jusqu'au jour où, presque un mois plus tard, elle parvint à faire ployer son esprit sous sa volonté, elle s'entraina sans relâche. Insistante et dépendante. Elle avait besoin de l'exercice pour ne pas craquer, malgré les difficultés. Elle avait commencé par lire l'ouvrage dans son intégralité, le sortant finalement du QG pour le garder avec elle, le soir, et passer des nuits entières à en parcourir les lignes serrées. Elle avait corné quelques pages, quand elle ne comprenait pas, et les avait relues avec Deryn, qui lui avait expliqué. Puis elle avait commencé à travailler sur son esprit, lentement. Les débuts avaient été difficiles. Il avait fallu des jours et des jours avant qu'elle ne sente le moindre résultat. Sa tête ne voulait pas se vider, et plus elle essayait, plus elle forçait, plus ça empirait. Les pensées affluaient, attirant à la surface les souvenirs, comme si le but du jeu, plutôt que de vider son esprit, était de le remplir au maximum, d'y entasser des choses sans intérêt pour que, à la fin, il déborde. Elle avait l'impression de se noyer, encore. De boire la tasse. Elle s'y prenait mal, et c'était oppressant, mais elle était entêtée. Aussi elle tentait l'exercice dès qu'elle le pouvait. Partout, tout le temps. Le soir, avant de dormir, elle fermait les yeux et tentait de ne penser à rien. Non seulement cela ne fonctionnait pas, mais en plus elle entendait cette fichue phrase résonner dans son esprit, couvrant le brouhaha qui ne la quittait pas. « Penser à rien. » Elle continua ainsi une semaine. Essayant, sans trop savoir. Se concentrant pour oublier, se forçant à ne pas penser. Et forcément, cela ne fonctionnait jamais. Pour se concentrer, il fallait réfléchir. Et pour oublier, il ne fallait pas penser. Les deux concepts n'allaient pas ensemble. Elle s'était trompée. Elle s'était enfoncée dans un tunnel qui ne menait nulle part. Elle devait oublier, et reprendre du début. Elle devait réfléchir, et revoir Logan. Il ne l'aiderait pas pour cette épreuve, mais il semblait à la galloise qu'exposer sa vision des choses à son mentor rendrait sa théorie plus sûre. Plus crédible. Alors elle frappa, pour la deuxième fois, se demandant toutefois s'il serait là, puisqu'elle n'avait pas prévenu. Il ouvrit et elle soupira. Ça n'était pas l'appartement où il vivait, comment pouvait-il être toujours présent et toujours seul, toujours disponible ? Avec un haussement d'épaules, elle entra et prit place avant même qu'il ne lui propose, pressée. « Je crois que j'ai compris. J'ai essayé d'aller trop vite. Pour fermer l'esprit, il faut l'ouvrir. C'est ça, hein ? Il ne faut plus penser, même pas songer qu'on ne veut plus penser. Si on ferme son esprit en se concentrant sur soi, alors on laisse tout à l'intérieur. Il faut s'ouvrir pour que tout s'échappe. Comme ça, on ne pense plus a rien. » « Tu as réussi ? » « Non, je n'ai pas essayé encore. » Il sourit et la laissa faire, soutenant son regard fixe. Il prenait énormément de place. Il était apaisant, sa présence était agréable. Il semblait, rien qu'en vous regardant, plonger en vous et en chasser tout ce qui s'y trouvait. Évidemment, cela facilitait la tâche, et même si elle parvenait à tout laisser fuir, là, rien ne serait gagné. Parce qu'elle ne pouvait pas l'avoir toujours avec elle, et qu'elle devait se débrouille seule. Mais là, elle pourrait avoir un point de départ. Elle songea brièvement à tout ce qui la préoccupait et le fixa jusqu'à ce que sa vue devienne trouble, jusqu'à oublier, tout oublier. Il claqua des doigts, et elle sursauta, se frotta les yeux. Perdu. Elle avait cessé de penser, certes, mais elle avait simplement oublié d'être. Elle s'était laissée aller, et si en surface il n'y avait plus rien, n'importe quel légilimens aurait pu fouiller dans ses souvenirs. Même Logan, s'il avait voulu lui montrer. Elle devait se concentrer. C'était... « Compliqué. » « Tu abandonnes ? Tu as ce que tu voulais, tu arrives à te reposer. » Niallàn hésita. Il avait raison. Elle avait voulu que ses préoccupations la laissent un peu, elle voulait contrôler ses émotions et le flot de ses pensées. Et elle avait oublié, là. Tout était parti. Est-ce qu'elle devait se contenter de ça, ne plus rien faire ? Est-ce que ça changerait quelque chose, de s'arrêter là ? Elle sourit, et se releva, saluant son mentor. Si elle s'arrêtait là, elle manquait beaucoup de choses. Ça n'avait aucun sens. Elle se reposait parce qu'elle fuyait. Elle était incapable de quoi que ce soit dans cet état. Et elle ne voulait pas être inutile. Elle voulait se protéger pour pouvoir continuer à s'occuper de Deryn et Cadfael, de ses parents. Elle voulait ordonner ses pensées, pas les oublier, d'un coup, et les laisser revenir comme on ouvre les vannes d'un barrage. C'était ridicule. Elle passa la soirée avec Deryn, lui racontant ses progrès, et repris l'entrainement le lendemain. Ne cessa pas quand Deryn revint vers elle. Le retour de son aînée ne facilita pas son apprentissage, la rendant moins assidue, mais l'ancienne serdaigle se remit vite au travail, ayant à la fois moins d'heures de solitude à combler, et plus de temps libre, puisqu'elle n'avait plus à suivre les cours de Deryn. Elle continua donc, pressée mais plus patiente qu'au début. Et elle progressait. Lentement mais sûrement. Jusqu'à vouloir passer à l'étape suivante, la forteresse.
03 novembre 2009
Rituel d'Occlumancie - partie 3
Écouteurs dans les oreilles, un lecteur de CD portable lui offrant la musique des Bizarr'sisters dans son sac, elle monta l'escalier menant au studio. Le but n'était pas d'être discrète mais naturelle. Aucun mangemort, aucun sang-pur ne pouvait la croiser dans ce genre de coin. C'était trop moldu et trop moche. Elle devait simplement agir en adolescente sans magie. Remonter le zip de sa veste au maximum, tirer sur les manches et accorder un sourire gelé aux quelques voisins. Elle allait faire vite. Rester détachée. Neutre. Elle le détestait. Elle lui en voulait encore plus quand elle ressortit. Il s'inquiétait pour elle, pour Deryn. Il était terré dans un trou à rat moldu à attendre que sa petite soeur lui apporte une potion pour changer d'apparence, il était pitoyable et se faisait du souci pour elles. Comme s'il n'avait pas assez à faire avec lui-même. L'étudiante plongea la main dans son sac, évitant aux fioles vides qu'elle avait récupéré de s'entrechoquer et transplana de nouveau, dès qu'elle fut à l'abri des regards. La destination cette fois était le Pays de Galles, l'arrière boutique de sa mère. Elle avait décidé de faire les choses dans l'ordre. Vérifier que Dilwen n'avait pas eu d'ennuis en prenant garde de rester discrète pour ne pas la mettre en danger, ne rien lui dévoiler et transplaner de nouveau, juste devant le refuge temporaire de sa soeur. Là, elle n'avait pas besoin de se fatiguer. Deryn allait mal, mais elle ne forçait pas sa cadette à feindre quoi que ce soit pour se donner bonne conscience. Elle n'avait pas besoin qu'on lui mente. Doucement, elle poussa la porte de la vieille cabane à demi ensevelie sous la végétation galloise et posa ses affaires à l'entrée, s'annonçant par le bruit des fioles qui dégringolèrent au fond du sac. « Eryr ? » C'était assez étrange comme les lieux étaient familiers et méconnus à la fois. L'impression d'être rentrée à la maison après un long voyage. Deryn était là, comme toujours. Elle était fragile, mais Niallàn la voyait comme un rocher. Immuable et rassurante. Sa grande soeur. Terne et douloureuse. C'était difficile, et en même temps reposant. Tenter de ne pas lui faire du mal était aussi pénible que sa présence était agréable. Elle était comme dans une crise permanente. Mais elle était là. Et l'effet qu'elle avait sur sa cadette la soulageait. Les choses devenaient simples, claires. Ordonnées et rangées dans l'ordre. Les pensées défilaient l'une après l'autre, sans se télescoper dans leur précipitation. Niallàn pouvait parler de Cadfael, puis du reste, malgré les réticences de Deryn. Parler de banalités en repoussant le sujet qui commençait à vraiment s'imposer. Elle ordonna ses mots et prépara ses phrases. « Tu sais l'occlumancie... J'aimerais bien arrêter de penser à tout, je pensais l'étudier. Un peu. Pas beaucoup, je veux juste pouvoir réfléchir en paix. » « C'est une bonne idée. On n'est plus en sécurité nulle part. » « Si, ici on l'est. » Elle sourit, se voulant rassurante et soupira. Ça n'était pas ce qu'elle voulait. Elle laissa sa soeur s'inquiéter de tout sans l'interrompre. Elle tenta de la distraire et, devant le refus catégorique de Deryn concernant tout ce qui pouvait lui changer les idées, elle se résigna. « Alors aide moi. » L'aider ? Mais à faire quoi ? Elle ne voulait pas vraiment être occlumens, elle voulait juste que le monde se taise, cesse de lui hurler dans les oreilles. Elle voulait juste apprendre à le réduire au silence. Elle voulait juste... Oui, bon. Elle voulait être occlumens. Même pas pour le prestige ou par peur des ennemis. Juste pour pouvoir dormir un peu. Et Deryn accepta, la conseilla même. Sans se départir de ses airs de martyrs mais... Niallàn secoua la tête. Ne pas critiquer Deryn. Il fallait qu'elle dorme. Deryn lui conseilla de voir avec Logan. Parce qu'il était mieux qu'elle, plus capable de lui enseigner les choses correctement. Et elle changea de sujet, s'inquiétant pour Niallàn. Encore. Comme Cadfael. Il fallait vraiment qu'ils s'inquiètent pour elle tous les deux, alors qu'ils étaient trop faibles. Logan serait une bonne idée. Elle aurait voulu faire ça avec sa soeur, mais Deryn ne tiendrait pas jusqu'au bout. Elle la conseillerait au début, et Niallàn irait voir Logan. Lui demanderait de lui apprendre. Pour Deryn. « Je lui écrirai une lettre, tu la lui donnera en main propre. » Niallàn sourit et promit. Elle allait apprendre vite, et elles pourraient tout oublier. C'était l'objectif principal. Elle avait attendu quelques jours avant de retourner voir Deryn. Parce qu'elle ne voulait pas la presser, et qu'elle avait peur. C'était plus de l'appréhension, d'ailleurs. Lorsqu'elle y avait repensé le soir, allongée dans son ancienne chambre d'enfant, elle avait trouvé cette histoire ridicule. Elle n'avait rien d'une occlumens. Elle n'avait pas les mêmes objectifs que Deryn. Quand elle avait appris la légilimancie, c'était pour aider les autres. Pour la psychomagie, pour exceller dans sa discipline. Pour découvrir et apprendre. Niallàn elle, ne voulait que profiter. Elle voulait se sentir plus forte et repousser les autres. Alors que Deryn avait vu cet apprentissage comme un pas vers ses futurs patients, Niallàn voyait le sien comme un mur la séparant de ses amis. L'idée était dérangeante, et elle avait tenté de se changer les idées, de travailler pour s'occuper l'esprit. Des heures et des heures penchée sur ses manuels de runes, à en délaisser le bouquin de Monsieur Enaides. Mais c'était idiot, et l'entreprise avait échoué. Elle voulait l'occlumancie pour isoler ses pensées, pour se protéger des agressions permanentes du monde. Tenter de l'oublier ne faisait que lui montrer à quel point elle en avait besoin. Elle avait donc mis les runes de côté et été retournée voir Deryn, avait récupéré la lettre que son aînée avait préparée, glané quelques informations sur ce que Logan lui demanderait et noté l'adresse de son futur mentor. Elle avait résisté à l'envie d'ouvrir la lettre, aussi. Et puis elle avait encore attendu, laissé passé le week-end, se donnant de faux prétextes. Elle devait recopier ses cours. Elle devait passer du temps au QG. Elle devait remplacer Dilwen, même si elle n'y connaissait pas grand chose en arrangement floral. Elle devait voir Cadfael et Deryn. Et on ne dérangeait pas les gens le jour du seigneur, que l'on soit croyant ou pas. Bref, un tas de raisons avaient repoussé sa visite au lundi soir – pas question de rater les cours, le lundi était une journée capitale. Et elle frappa. Un appartement moldu au coeur de Londres. Un vieil immeuble dont la lourde porte de bois peint dissimulait mal le grondement de la circulation. Le monde urbain, le monde moldu, avec ses voitures et ses mille et un genres de pollutions. Et au milieu de tout ça, l'appartement du sorcier, dont Deryn lui avait fait une vague description (de l'appartement [b]et[/b] du sorcier). Niallàn hésita, fit un pas en arrière et balaya le palier du regard, cherchant une échappatoire possible. Sans trop savoir pourquoi, elle ressentait une certaine honte à se présenter devant le gallois, et à lui expliquer comme ça qu'elle voulait devenir occlumens, et que sa soeur avait écrit une lettre pour elle. Elle ne pouvait pas dire si c'était par crainte que le sorcier la méprise à cause de ses motivations ou de peur qu'il la trouve nulle. Passablement nulle. Probablement la deuxième solution, mais la galloise n'eut pas vraiment le loisir d'y réfléchir, l'homme ouvrant la porte. Un sourire de circonstance, et Niallàn lui tendit la lettre. De la part de Deryn. Elle ne savait pas ce qu'il y avait dedans, mais elle supposait que c'était pour qu'il accepte de la prendre sous son aile. Elle lui en serait reconnaissante. Logan la fit entrer. Il la fit asseoir.
28 octobre 2009
Rituel d'Occlumancie - partie 2
Testage de programation des billets... ^^
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Le bruit
familier d'un grimoire tombant sur le sol fit sursauter Niallàn qui
se redressa, somnolente et courbaturée. Elle n'avait pas cessé de
cavaler à droite à gauche, depuis le nouvel an. Une semaine qu'elle
se démenait pour que les choses, à défaut de s'arranger, n'empire
pas, et elle était épuisée. Elle aurait sans doute pu choisir une
chambre du nouveau QG, ou s'installer dans un endroit plus
confortable que le couloir, mais depuis qu'ils s'étaient installés
chez son professeur de Magie Noire, la rouquine avait fait son
possible pour ne pas se mêler aux autres. Elle n'avait pas envie de
les voir souffrir, de les entendre se plaindre ou tenter d'avancer,
comme si tout allait passer, s'estomper. Elle n'avait pas envie de
les voir croire à ses explications fumeuses concernant Deryn, et les
voir inquiets mais trop préoccupés pour s'occuper de l'apprentie
médicomage.
Et puis la solitude ne lui faisait pas
de mal. Elle avait décidé de s'installer chez ses parents au Pays
de Galles, et de transplaner chaque jour pour l'UMA. C'était mieux
qu'abandonner la vieille bâtisse par crainte des mangemorts, et ça
lui permettait d'être un peu plus proche de Deryn. Si sa soeur
décidait de sortir de sa cachette pour passer à la maison, Niallàn
la verrait. Elle pourrait aussi la voir au QG, à l'université.
Partout où Deryn risquait de passer une fois sortie de sa torpeur,
elle pourrait la voir et la soutenir. Et si elle ne la trouvait ni
dans le vieil abri qu'elle avait investi, ni à la maison, ni à
l'UMA, ni au QG, si Deryn était introuvable, alors elle serait à
Sainte Mangouste, et Niallàn y passerait. Elle irait même la
chercher sur son rocher Grec s'il le fallait. Il n'était pas
question qu'elle s'évanouisse dans la nature et qu'elle la laisse
seule. Pas question que Niallàn n'ait plus personne. C'était
injuste et invivable. Sans sa famille, elle n'était plus rien. Elle
ne s'était pas donné tant de mal pour les protéger, tous, pour
qu'au final ils la laissent vraiment.
Avec un soupir, la galloise noua un peu
mieux ses cheveux roux et se frotta les joues, pressa ses paumes sur
ses yeux clos pour tenter de se réveiller un peu, de se redonner un
peu d'énergie. Elle gémit, mal à l'aise et un peu frigorifiée et
s'étira, sans savoir ce qu'elle devait faire. Elle avait promis à
Cadfael qu'elle passerait. Elle devait lui apporter quelques fioles
de polynectar, par sécurité, et elle avait promis qu'elle viendrait
le voir aujourd'hui. C'était son troisième passage, et leurs
rapports ne s'amélioraient pas. Elle lui en voulait. Il avait été
blessé et leur avait menti. Il avait blessé Deryn, les avait
abandonnées. Et même si le mot était un peu fort, il les avaient
trahies. Parce qu'il était incapable de prendre correctement soin de
lui même, mais surtout parce qu'un semestre durant, il leur avait
caché tout ce qui comptait, comme si elles n'importaient pas. Comme
si ses blessures et sa petite amie étaient plus importantes que les
deux soeurs qu'il connaissaient depuis toujours, et pour qui il se
disait prêt à tout.
Il était inintéressant, maintenant.
Parce qu'elle avait travaillé dur pour lui. Parce qu'elle s'était
mise en retard dans ses révisions et pour les cours, parfois, pour
le réveiller et le secouer un peu, quand monsieur ne voulait plus
rien faire, seulement attendre. Elle avait gardé son secret, s'était
montré digne de confiance, et il n'avait rien fait. Rien dit. Pas un
mot concernant Crystal, et ce pendant plusieurs mois. La rouquine
laissa sa tête cogner contre le mur et fit la moue, fatiguée d'être
en colère contre tout et tout le monde. Elle voulait juste que le
monde se taise, et que tout soit un peu plus simple, un peu plus
limpide. Elle avait toujours été froide et posée, l'esprit clair.
Tout était classé ou classable, des théories applicables. Il
suffisait simplement de raisonner logiquement et sans parasite. Mais
ça ne marchait plus. Et c'était peut être pour ça qu'elle lisait
cet énorme bouquin dès qu'elle avait un moment de libre. Dès
qu'elle était au QG, puisqu'elle ne voulait pas sortir l'ouvrage de
l'enceinte protectrice du nouveau repaire.
L'occlumancie, tout un art. C'était le
titre du volume qu'elle avait récupéré dans la chambre de l'UMA,
avec quelques autres ouvrages sur la magie runique trop précieux, en
cas d'une éventuelle fouille, et de divers objets et ouvrages
pouvant être assimilés à de la magie noire ou concernant les deux
magies de l'esprit. Elle savait ce que ces bouquins faisaient là,
elle se rappelait de Deryn lui expliquant ce qu'elle apprenait. Elle
savait parfaitement que l'art qu'avait appris sa soeur n'était pas
qu'une étude comme n'importe quelle autre. C'était légal, certes.
Mais avec tout ce qui se passait en ce moment, avec les gens qu'elles
connaissaient, la peur de Deryn et ce qu'elle risquait...
Les mangemorts et autres ne devaient
tout simplement pas savoir ce que pouvait faire Deryn. C'était
mauvais. Et la petite dernière du clan Cadell avait préféré
planquer tout ce qui concernait la légilimancie et l'occlumancie,
dont Deryn maîtrisait les bases. Juste au cas où. Deryn devait être
intouchable.
Un nouveau soupir et Niallàn tenta d'ordonner ses pensées. Il fallait que les idées cessent d'affluer en vrac dans son esprit, comme un CD rayé qui tournerait en boucle, les chansons défilant dans le désordre. Un mauvais medley qui n'obéirait à aucune logique. Elle pensait à Cadfael, à Deryn, à elle, l'ordre, le livre, l'UMA, Cadfael, le livre, Crystal, ses parents, les fleurs... Elle devait prendre les choses une par une. Parce que c'était comme ça qu'on avançait. Parce que sans ça, elle finirait par se noyer, et le figuré n'avait pas plus d'attrait que le sens propre. Peut être qu'une bonne douche l'aiderait ? Rester droite sous la pluie drue. Peut être. S'il avait plu... Niallàn secoua la tête. Si elle commençait à rêver d'eau, c'est que les choses allaient bien moins bien que ce qu'elle imaginait.
D'un geste sec, elle referma le livre et essuya la poussière qui en couvrait la couverture. Il était toujours poussiéreux. Peut être parce qu'elle passait son temps à le dissimuler dans des lieux improbables et à le faire tomber dès qu'elle s'assoupissait. Quoi qu'elle fasse, qu'elle tente de comprendre comment les deux disciplines fonctionnaient, qu'elle se détende simplement en lisant quelque chose de compliqué ou qu'elle décide de maîtriser l'occlumancie, ce bouquin était une bénédiction. Elle avait quelque chose dans les mains qu'elle devait protéger, et qui se laissait faire. Un trésor dont tout le monde se désintéressait, dont personne ne connaissait vraiment l'existence, et qu'elle devait dissimuler. Pour une fois, elle parvenait à ses fins. Pas comme avec Cad.
Un sourire moqueur étira ses lèvres et elle se leva. Elle devait aller le voir. Laisser son livre quelque part, sous une pile d'autres ouvrages sans intérêt, prendre ses quelques fioles, et retrouver Cadfael. Elle devait avoir l'air bien. Détendue et, à défaut d'être heureuse, perdre la figure de détresse qu'elle affichait quand elle était dans ce satané couloir. Elle haïssait Cadfael, mais il était encore plus énervant quand il s'en faisait pour elle. Elle déglutit et inspira à fond, décompta à partir de dix. Avec un vague sourire, elle annonça qu'elle avait des choses à faire à l'extérieur et quitta l'écosse pour Londres. Elle transplana dans une ruelle, comme à chaque fois qu'elle devait arriver en quartier moldu et traversa à pieds les quelques rues qui la séparaient de l'appartement, pestant contre cet imbécile de grand frère. Elle s'était donné du mal pour ne rien savoir concernant la destination finale de ses parents, et lui, plus en danger qu'eux, la laissait savoir. Si elle était interrogée, si on la forçait à leur dire, elle le mettrait en danger. Il était nul.
